Hola America

After exploring South East Asia in 2012 and living in Vancouver, BC, Canada for two and a half years, the temptation was too strong: the call of travel hit us again, and here we are on the roads of Central and South America for five months. This blog is here to share some of our impressions and adventures, in words and pictures. Your comments and tips are always welcome!

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Au fil du Rio Amazonia

Publié le 30/04/2015, par leschipsenvoyage, Léticia

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Musique de fond : http://www.wat.tv/audio/amazonie-melody-h2uu_2g50t_.html

« Es la Amazonia ! »

Un midi, assis autour d’un énième plat de riz-poulet, Edouard pointe du doigt sur une carte un point précis, le carrefour des pays Sud-américains, une immensité d’arbres et un fleuve sacré : l’Amazonie. Cette lubie devenue obsession vient d’un fantasme assoiffé de découvertes (et un peu de Hakuna Matata). Dans l’avion qui nous mène de Bogota à Leticia, capitale colombienne de l’Amazonie, nous sommes à la fois excités et pétrifiés à l’idée de pénétrer l’immensité de la jungle qui s’étend en-dessous de nous. L’introduction à la ville de Leticia confirme le mythe, l’humidité et la chaleur s’ajoutent au lourd poids de nos sacs. Chacun de nos mouvements s’accompagne d’une goutte de sueur et nous ne sommes pas au bout de nos peines car nous devons faire face aux règles floues de l’immigration amazonienne. Entre la Colombie, le Pérou et le Brésil, nous sommes dans une zone transfrontalière.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un officiel nous fait un tampon de sortie du territoire colombien en prévision de notre traversée du fleuve amazone en direction du Pérou mais nous devons encore passer quelques jours en Colombie, où on nous explique que nous sommes tolérés mais qu’il faut faire attention car officiellement on est déjà au Pérou...un vrai casse-tête qui se résume par « Es la Amazonia! » (C’est l’Amazonie !) toujours prononcé avec le sourire pour expliquer les situations cocasses. Finalement, nous optons pour une pirogue qui glisse pour la première fois sur le Rio Amazonas pour nous emmener au petit poste frontière péruvien de Santa Rosa afin d’obtenir notre visa. On a eu le flair car le prochain poste est à 3 jours de navigation.

Ce premier jour en Amazonie nous marque également à jamais par la découverte d’un géant de la nature, de cette puissance qui nous entoure, qui nous berce et qui nous nourrit tout le long de notre aventure. On veut parler du fleuve amazone, le plus gros du monde par son débit et le plus long avec le Mekong. Son cours varie plus vite que les marchés financiers et on Krach vite des longs trajets interminables sur l’eau. Cette année la crue est à son plus haut niveau depuis 5 ans : les rues des villes sont inondées et on ne s’y déplace qu’en pirogue, à la nage, ou à pied sur des petites planches en bois qui relient les maisons entre elles. Nous vagabondons dans les rues de Leticia, fascinés par cet environnement qui prend une toute autre forme d’organisation. Premier élément indispensable à acheter sur l’étrange marché du bout du monde, le hamac ! Il peut être utile dans la forêt, dans un lodge ou sur une lancha (embarcation métallique très lente transportant victuailles, animaux et divers objets) pour descendre le fleuve. Il n’y a pas grand-chose à faire à Leticia à part manger du Pirarucu (ou Arapaima), cet énorme poisson d’eau douce de 3 mètres qui vient tout droit du fleuve et dont la chair tendre est connue des restaurants étoilés. Nous embarquons dans un speed boat (beaucoup plus rapide que les lanchas) pour rejoindre le dernier village colombien d’Amazonie : Puerto Narino.

Le mirador de Puerto Narino

Arrivés au port, un jeune guide nous alpague et nous prend dans sa pirogue pour passer quelques jours dans un camp de cabanes colorées, avant tout un repère d’animaux sauvages secourus. Ce lieu est magique, entouré de forêt avec une vue imprenable sur l’Amazone et un mirador depuis lequel on peut en apprécier les courbes. Ce perchoir sera notre lieu de méditation pour les prochains jours. Quelques colocataires viendront parfois perturber nos moments de tranquillité. Deux grands et magnifiques perroquets sont des acolytes complices dans nos prises de bec. Le rouge nous salue tous les matins par un « hola » clair et aigu, nous lui répondons poliment mais Justine est systématiquement attaquée aux mollets – il paraît qu’il n’a pas d’affection pour les filles en général. Le bleu quant à lui me fait sursotter toujours par surprise pour essayer de me faire peur, ils aiment le comique de répétition. En bande organisée, les singes monos sont un peu plus excités et deviennent fous lorsqu’ils sentent la nourriture. Ramenez du pain à la main, ils vous repèrent à mie chemin !

Felix, un local, nous organise notre première expédition d’une journée en pirogue avec deux jeunes colombiens de Medellin pour qui l’Amazonie est tout aussi exotique. Il donne le ton dès le réveil quand il toque à la porte de notre cabane avec à la main un énorme serpent qu’il vient d’attraper à quelques mètres. Amoureux de sa forêt, il laisse filer sa pagaie à travers les fins fonds de la forêt où l’on découvre des dauphins roses à bosse (précision: nous n’avions pris aucune drogue) et des fleurs de lotus géantes.

 

 

Notre immersion est totale lors d’un arrêt dans un petit village sur pilotis entièrement inondé. Les femmes vident les poissons sur les planches de bois reliant les cabanes entre elles, gardant un œil sur les enfants qui s’arrosent de cette eau qui sert à tout. Nous sommes troublés par la présence d’un animal ayant la taille d’un cochon, rasé et dépecé par une famille pour nourrir le reste du village qui est en fait un rongeur géant (Capyrara). Les enfants jouent avec les entrailles de la bête devant l’église verte en bois qui s’enfonce dans l’eau. Nous sommes loin des cours de récréation et les brasseries parisiennes, à la fois subjugués par le dépaysement et déconcertés par les conditions de vie de ces gens. Même dans la simplicité, leur sens de l’accueil imperturbable nous amène à partager un repas improvisé (de poulet, pas de rat géant, enfin on l’espère…) avec les différentes générations vivant sous le même toit.

De mèche à Caballococha

La suite du voyage nous amène du côté péruvien, au village de Caballococha qui nous ouvre ses portes. Les premiers étages des « hôtels » sont inondés mais nous arrivons à nous extirper de l’eau depuis une chambre avec vue sur la petite place publique sur laquelle Edouard dispute quelques parties d’échec avec les habitués. Les premiers contacts avec les autochtones ne sont pas aussi chaleureux qu’avec nos amis colombiens. Le client est moins roi ici, il faut être patient et téméraire pour avoir ce qu’on veut et on a l’impression de devoir mérité chaque sourire qui durant les dernières semaines nous semblaient si naturels. Heureusement que Justine est la reine de la perspicacité pour arriver à nos fins. Seulement, elle est vite calmée après un passage chez un coiffeur (certainement le seul gay du village) qui d’un coup de ciseaux a coupé court à la belle chevelure qui poussait depuis plusieurs mois. Justine ne peut que voir ses longues mèches flotter dans l’Amazone avant de se retrancher dans sa chambre. Edouard tente de panser les brèches avec des fleurs et des bonbons en forme de cœur, seul un ceviche et quelques Cristal (cerveza locale) arriveront à nous émécher pour oublier.

Caballococha n’a pas beaucoup d’intérêt mais est authentique et les regards de ses habitants sont sincères, certains même curieux de notre parcours, de savoir quel est notre but ici. Justement, nous cherchons une échappatoire et un vieil homme nous prend sous son aile pour attraper un bateau. Aux premières heures du jour, des militaires fouillent tous les bagages, des bananes sont négociées à la criée entre pirogues et des lambeaux de bois projetés en l’air pour être amassés sur les berges. Nous nous incrustons à bord avec quelques billets glissés dans la poche du capitaine pour éviter les frais de l’agence et nous voilà partis pour 12 heures de navigation le long de l’Amazone. En chemin un local nous montre des villages de narcotrafiquants (de grosses livraisons transitent par ici) cachés derrière les roseaux, devant lesquels sont postés des militaires se curant leur nez avec des embouts de mitraillettes, les jambes croisées au bord de l’eau. C’est l’Amazonie ! Si on ne cherche pas les problèmes, ils ne viendront jamais à nous.

Immersion dans la jungle autour d’Iquitos

Iquitos, nous voilà ! La deuxième plus grande ville au monde inaccessible par route, la plaque tournante des treks dans la jungle. On y trouve une auberge délabrée qui nous donne vite le cafard puisqu’une blatte géante nous attendait sous les draps. Après un repérage rapide des multiples agences en ville, on se fie à notre instinct et décide de partir dès le lendemain avec Alex, un « vieux de la vieille » habitué des tours. Nous faisons équipe avec un couple d’australien, Aron et Jen. Après six heures mixées de 4x4, de pirogues et de toukouk, nous nous installons au dolphin lodge. L’agence nous avait vendu un lieu typique les pieds dans l’eau. L’expression prend tout son sens ici…Nous sommes obligés d’enfiler nos bottes pour diner car la salle à manger est à moitié inondée, servant de repère aux serpents d’eau. Chaque passage de bateau à proximité du lodge crée des vagues qui se faufilent dans le plancher de notre chambre, nos sacs heureusement maintenus surélevés sur des chaises : normal, c’est l’Amazonie !

 

 

 

 

 

 

 

Nous nous sentons prisonniers dans ce havre de paix où seule la pirogue nous sort à la découverte de la vie amazonienne, réelle et profonde. Dehors, se trouve une densité d’eau, de branche, de feuilles, d’animaux et de lianes.  Chaque sortie est une contemplation de cette nature luxuriante.

Etre dans cette pirogue au centre d’une nature des plus sauvages sur terre est un luxe et nous dépensons sans compter nos regards admiratifs. On se croirait sur la chaine Planète, les singes aux pelages ambrés nous saluent entre deux balancements de branches. Des envolées de perroquets multicolores nous offrent des arcs-en-ciel juste au-dessus de nos têtes, un iguane nous tire la langue au milieu des branches et des concerts d’oiseaux se relaient le long du fleuve. Nous nous laissons même surprendre par une rencontre insolite avec un jeune jaguar nommé « Simba » - Edouard se souvient encore de sa tête penchée sur lui alors qu’il était aux toilettes ! Tous les arbres sont en apnées sous l’eau, seuls les plus grands trouvant un peu d’air et servant de refuges aux paresseux.

Au 4e jour d’immersion, une expédition est organisée sur les derniers lopins de terres secs à des kilomètres à la ronde. Cinq heures de pirogue nous amènent au plus profond de la jungle. Les sons y sont de plus en plus étranges. Peu d’animaux s’aventurent ici. Seul un gros serpent venimeux somnole près du campement. La nuit, nous nous réfugions dans nos hamacs entièrement recouvert de moustiquaires pour échapper dare-dare aux piqures. Notre sommeil est léger, imprégné des humeurs de la jungle nocturne.

 

 

Edouard se fait un nouvel ami qui lui donne des sueurs froides. On ne le sait pas encore mais il s’appelle Typhoïde, « Typho » pour les intimes. Le problème c’est que, très vite, il le harcèle et l’épuise. Pardonnez l’expression mais il devient très emmerdant surtout au beau milieu de la nuit. Même une énorme tarentule perchée sur la moustiquaire le regarde, compatit et lui dit en clignant de l’œil: c’est l’Amazonie ! Il n’a même plus la force de crier face à sa plus grosse phobie.

Lancha or not lancha ?

Nous envisageons la traversée de l’Amazone en lancha pendant 4 jours pour rejoindre Tarapoto, et de là prendre un bus qui nous mènera in fine à Lima. Nous passons une nuit courte et agitée à Nauta, le temps de faire nos provisions pour la traversée et de s’équiper de quelques essentiels : tupperware, litres d’eau, gâteaux et noix pour se faire des petits plaisirs entre les gamelles de riz. En commandant un sandwich au poulet dans la seule échoppe ouverte du village, nous faisons la rencontre de deux évangélistes américains venus prêcher la bonne parole au fin fond du Pérou.

A 6h du matin, nous inspectons cette grosse embarcation métallique où chacun se trouve une place pour suspendre son hamac au beau milieu des marchandises et des odeurs nauséabondes. Après de nombreuses hésitations – ira, n’ira pas - Typho me prend par la main et m’extirpe de ce taudis flottant pour me ramener à la raison : « Tu es malade ! Ca bateau n’est pas fait pour toi, tu es épuisé et tu n’as plus de papier toilette ! Prend un avion et fonce à Lima ! » . Avec une pointe d’amertume et la frustration de ne pas aller au bout de l’expérience unique, Justine et moi suivons les conseils de Typho pour nous diriger vers l’aéroport le plus proche et prendre le premier vol pour Lima -  adios Amazonia !


Colombia - Chaleur humaine et tropicale

Publié le 15/04/2015, par leschipsenvoyage, Colombie

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Carthagène des Indes

Cartagène, enfin ! Nous sommes impatients de poser un pied sur la terre ferme mais le Capitaine Franco crée encore des problèmes, soit disant avec l’immigration cette fois-ci, et nous sommes prisonniers sur son bateau. Nous arrivons au bout de nos limites et échappons de peu à un vol de zodiaque d’Edouard pour nous enlever au Calypsa et nous ramener à terre. Bilan : si vous voulez vivre l’incroyable aventure des San Blas, consultez nous avant pour vous donner les meilleures options…

Nos nuits restent encore agitées par l’impression désagréable de tanguer mais nous sommes vite réconfortés par l’accueil des colombiens et fascinés par le dynamisme de la ville. Les façades vives font échos aux objets d’artisanat de qualité que l’on retrouve dans les magasins branchés – mélange de tissu cousu main aux motifs multiforme avec du cuir de couleur, par exemple. A chaque coin de rue ombragé, des femmes drapées dans de longues robes rouges et jaunes portant des paniers sur la tête nous font goûter leurs spécialités de petites boules de coco ou gâteau de riz épicé. Ici et là, des petits groupes de musique jouent des airs tropicaux aux oreilles des touristes.

Carthagène a aussi son lot d’histoire car toutes les cargaisons coloniales passaient par là. Son plus haut fort, San Felipe de Barajas, a su repousser de nombreux pirates ainsi que la célèbre attaque des anglais au XVIIIe siècle- l’histoire est captivante, surprenant même qu’il n’y ait pas encore eu de film la dessus.

La nuit, nous tanguons dans les bars ou sur les places dans la fraîcheur du soir, captivés par les déhanchés endiablés des Colombiens. Luna reste avec nous pour nous montrer le pas à grands coups de shots de Tequila. Fiesta est le mot d’ordre  pour résoudre tous les maux d’ordre maritime. Lors d’une balade sur la plage bordant les immeubles en pleine ville - des allures de Miami Beach - des mamas attrapent nos bras et y glissent leurs doigts savonnés. Malgré nos premières résistances, nous succombons à leur massage sur le pouce ; l’un des pièges les plus agréables qu’on ait connu.

 

La région caribéenne au Nord : Santa-Marta, Tayrona et Minca

Nous décidons de continuer pour un bout de route encore avec Sébastien et Dona, en bus cette fois, en direction de Santa Marta. Nous profitons d’une belle pause à l’hostel Masaya, orteils en éventail sur la terrasse et piscine sur le toit. Les touristes américains de Carthagène font place à des touristes colombiens venus passer la Semaine Sainte dans cette ville balnéaire bon marché qui sert aussi de connexion pour d’autres sites touristiques. Par les rencontres que nous faisons, nous décidons de partir quelques jours dans le parc de Tayrona. Protégées des constructions, de grandes bandes de sable et forêts de pins s’exposent devant la mer bleue des caraïbes. Seuls quelques campings accueillent les visiteurs qui sont tous pris d’assaut pour la Semana Santa. Nous réussissons quand même à nous trouver quelques hamacs à l’abri grâce à l’énergétique Giovanni (drôle de nom pour un pur colombien mais la mode est aux prénoms occidentaux – ces frères s’appellent d’ailleurs Mickael et John). Lui et sa bande nous font partager un bout de leur paradis en nous invitant à leur table. Entre la découpe des salsichas et la cuisson du riz, ils nous entraînent dans quelques pas de salsa au clair de lune, discrètement matés par les poules.

     

Comme au Nouvel An en Chine, les Colombiens se déplacent en masse pendant la Semaine Sainte, nous laissons un poil sur notre faim quand à la discrétion du lieu…Entre deux cocotiers, des hordes de familles défilent chips et sodas à la main. De belles escapades en hauteurs nous permettent une dernière vue dominante en toute tranquillité sur cette mer redoutée et admirée.

Une dernière nuit à Santa Marta pour dire au revoir à nos compagnons de route Dona et Sébastien dans un hostel rempli de Colombiens adorables (encore une fois) puis direction Minca, un petit village dans les premiers reliefs, enfoncé dans les terres. La horde de touristes nationaux envahissent aussi les rivières et cascades naturelles de cette petite bourgade à première vue coupée du monde. Cela ne nous empêche pas de beaucoup apprécier leur présence curieuse et chaleureuse. Nous faisons des rencontres exceptionnelles et improbables : nous partageons un cocktail rhum-grenade et un débat politico-philosophico-sociétal avec un couple germano-brésilien ; un marin de 58 ans nous raconte sa 23e traversée de l’atlantique en voilier ; autour d’un diner improvisé de filet mignon de vin rouge, un groupe de jeunes français nous relatent leurs mésaventures avec des guerrieros, factions armées à buts « politiques » (tels que les FARC) qui se disputent le territoire souvent dans des zones rurales, reculées.

En tant que touristes bien informés, nous ne nous sommes encore jamais sentis en insécurité, que se soit dans les villages ou en villes. Nous sommes même surpris du niveau de développement des infrastructures (santé, transports...) et du niveau de vie des gens (une grande classe moyenne). Sur la route de la finca Victoria, qui produit du café depuis le XIXe siècle, on observe furtivement quelques toucans dans un arbre à la grande joie euphorique de Justine prête à se reconvertir en ornithologue.  Le boucan de Minca vient pourtant troubler sa tranquillité le dernier soir, summum des hostilités festives de la Semana Santa sous les caissons de basses et caisses d’Aguila (bière locale).

Les villages pittoresques du Santander

C’est la fin du week-end. Tout le monde veut rentrer chez soi et nous nous faufilons dans la cohue. Attente de plusieurs heures au guichet puis dans un troquet pourri aux tables collantes et décorées de fleurs artificielles pour leur donner un peu de vie. C’est le dimanche de Pâques et ici pas de lapin gourmands ou d’œufs dorés dans les rayons des supermarchés. On console notre envie de sucré et notre attente comme on peut avec quelques barres de chocolat au lait bas de gamme, mais ça fait l’affaire.

12h de bus de nuit nous emmènent enfin dans la région du Santander par la grande ville de Bucaramanga en plein essor économique. La route nous offre une vue imprenable sur le canyon de Chicamocha, plus profond que le Grand Canyon, dont les crevasses et virages serrés donnent le vertige.

Arrivés à San Gil, nous nous écroulons sur les lits de l’Hostel papillon tenu par un Suisse tombé amoureux de la région et sa femme Colombienne. Le coin, entouré de nature à l’état sauvage, est encore bien préservé du tourisme de masse et de nombreuses excursions sportives sont possibles pour un prix modéré. On choisit de faire de la spéléo dans  une grotte (cueva de la vaca) à couper le  souffle. En effet, il faut retenir sa respiration et plonger dans l’eau froide pour accéder à certaines parties. Nous avançons couverts de BOUE !! ahhh et des chauves-souris nous grattent l’oreille.

Dès la sortie de la roche, nous sommes éblouis par la beauté des villages environnants. Les petites rues pavées et volets de bois de Barichara, perchés sur une falaise dominant la vallée du fleuve Suarez, sont un délice des yeux et on comprend qu’ils ont inspiré de nombreuses telenovelas colombiennes. Plus loin, le sentier qui relie à Guane nous fait remonter le temps, sur la route de l’or. Ces bourgades rivalisent avec nos villages bretons, à la différence qu’ici on y déguste les hormigas culonas (fourmis à gros cul) à l’apéro. Nous aurions aimé explorer un peu plus cette région mais notre programme est ambitieux puisque nous décidons d’entreprendre la traversée de l’Amazonie dans quelques semaines. Un projet qui nous amène à entraver notre principe de na pas prendre l’avion pour gagner du temps et éviter les nausées dans les trajets de nuit sinuo-serpenteux (et pour le même prix que le bus en plus).

Sur la route de l’aéroport pour relier Bucaramanga à Medellin, Deisy nous prend sous son aile pour une visite improvisée de son village natal, Giron. Nous discutons rêves et voyages sur les marches de l’église au milieu des écoliers vêtus de leurs uniformes multicolores ; elle nous montre les lieux de son enfance, nous présente à ses amis que l’on croise facilement dans les rues de la ville. Le lendemain, nous sommes invités à prendre le desayuno dans le restaurant familial où sa mère aux fourneaux nous fait goûter les meilleurs tamales de la ville – elle tient à sa réputation ! - sublimes gâteaux de maïs garnis de poulet, d’olives et de pois servis dans une feuille de bananier. Deisy et sa famille incarnent l’accueil et la bienveillance colombiens, devenus pour nous si caractéristiques de ce peuple au passé lourd et à l’image parfois erronée. On est définitivement conquis.

Medellin et la vallée du café

L’arrivée à Medellin en bus depuis l’aéroport est impressionnante. La deuxième plus grande ville du pays est située dans une cuvette montagneuse – son cœur s’affirme haut, droit et ses banlieues s’agrippent en miniature à la paroi rocheuse. Seul un réseau de téléphériques modernes permet de relier les quartiers excentrés avec le centre et entre eux, véritable modèle de développement urbain qui inspire de nombreuses villes dans le monde.

Faciliter les ponts dans le fossé social. Du haut de notre télécabine, nous sillonnons non pas les pistes de skis mais la pauvreté de ces maisons adossées aux pentes vertigineuses ayant pour seul luxe une vue imprenable du labyrinthe de la ville. On a cette impression de voyeurisme que l’on retrouve dans la téléréalité ou le documentaire terrain (je préfère la deuxième sensation).

Medellin, c’est aussi la ville de Pablo Escobar dont l’histoire entretient la légende. L’homme et son cartel avait mis le feu aux poudres dans le monde de la drogue, proposant aussi de rembourser la dette de son pays. Le plus gros narco trafiquant du monde est très présent dans les tags de la ville, les musées, les balades culturelles, jusque dans l’œuvre de Ferdinand Botero qui a peint la scène de sa mort. Ce grand artiste colombien peint et sculpte des corps d’hommes et de femmes ronds, épais avec un trait sensuel et souple – tout comme ses modèles, on peut dire qu’il pèse lourd sur la scène internationale…Ses 23 imposantes statues de bronze exposées à l’air libre nous fascinent. Elles contrebalancent la pollution et la densité de la ville avec un peu de douceur artistique.

Nous partons au sud de Medellin pour retrouver la ville de Manizales, porte de la région cafetera (région du café). Juste le temps d’un tour en téléphérique au-dessus de la ville où on peine à faire la place à nos backpacks dans la cabine et nous décidons d’aller nous mettre au vert dans une finca environnante.

La Finca Venecia est une ferme de café aux allures de grande maison coloniale qui vient d’ouvrir un dortoir plus accessible pour notre petit budget, tout en profitant d’un cadre isolé et idyllique. Une visite des lieux nous enseigne les processus de fabrication du café, son histoire, sa commercialisation. Nos papilles se réjouissent de la saveur caféinée, nos cerveaux sont moulus aux secrets de fabrication et nous nous torréfions sous la chaleur du soleil avant d’être engrainés au bord de la piscine. Les battements d’ailes éclairs des colibris viennent s’abreuver de nectar ou d’eau sucrée, suffisant à notre divertissement. En revanche, tout comme on dit que les cordonniers sont les plus mal chaussés, pas la peine d’aller jusqu’en Colombie pour boire son meilleur café qui est vendu à l’export…Encore un endroit où on se serait vus rester des jours ou toute une vie, d’autant que Beatriz propose des opportunités de bénévolat, mais il nous faut avancer.

Une journée à Santa Rosa pour laisser nos corps aller dans les sources d’eau chaude naturelles, en pleine nature, détente extrême à en oublier de justesse notre bus – ou chariot – du retour. Et dernière étape dans l’humide ville de Salento dont les portes multicolores égayent la grisaille ambiante. Nouveau palier atteint, on craque même pour une petite porte de bois qui gardera un œil ouvert sur le voyage dans notre futur chez nous.

 

 

 

De Salento on part en jeep prendre le départ du trek de la valle de Cocora. Journée de marche humide et bucolique à travers le relief des montagnes parsemées de tâches de vaches qui nous rappellent étrangement nos normandes, à ceci près qu’elles broutent au milieu de longs palmiers perchés à 3000M d’altitude. Décor phallique, solitaire, parfois irréel car caché puis découvert par d’épaisses couches de brouillard. Lors d’une pause dans une ferme de colibris, on nous apprend à tremper une large tranche de fromage ferme de montagne dans une eau chaude au sucre de canne…l’Agua panela con queso fait partie de ces goûts d’ailleurs et alimente encore aujourd’hui nos discussions.

Bogota et premiers pas dans la jungle

Enfin arrivés dans la capitale en temps et en heure. Après une nuit dans le bus, nous soufflons un peu dans un des dortoirs de l’immense auberge située en plein cœur du quartier historique. Sentiment différent de nos impressions de Medellin – on se perd un peu dans l’immensité de la ville tout en tournant en rond dans le quartier historique. On ne reste sans doute pas assez longtemps pour contempler le charme de jour et nocturne de Bogota. Les musées font par contre notre bonheur: émeraude, or, histoire, art… il y en a pour tous les goûts.

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a quelques consignes à respecter et des quartiers à éviter mais on s’y fait vite et on nous informe efficacement. Attention à ne pas manger n’importe quoi, nos estomacs ont souffert et nous avons eu de sacrés coups de mou, un peu décevant surtout dans la ville qui bouge à toute heure. Trêve de ville, nous embarquons à bord d’un petit avion pour rejoindre Leticia à l’autre bout du pays, « capitale » de l’Amazonie colombienne inaccessible par route. Les 2 heures et demie de vol nous donnent déjà un aperçu de l’immensité amazonienne, à laquelle nous consacrons le prochain article.

Adios Colombia !


La grande traversée : Costa Rica – Panama – Mer des Caraïbes

Publié le 26/03/2015, par leschipsenvoyage, Panamá

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Costa Rica, pura vida

MonteverdeNous quittons les plages du Nicaragua pour les montagnes du Costa Rica. De San Juan del Sur, il nous aura fallu quatre bus avant d’arriver quelques centaines de kilomètres plus loin à Monteverde. A la frontière, aucune banque ne nous autorise à retirer et grâce à la solidarité canadienne, nous pouvons grimper dans un bus de justesse.

Monteverde nous offre le premier spectacle grandiose de la cloud forest qui couvre le relief de la région. L’humidité y est dense et les couches nuageuses marquent des changements climatiques impressionnants. Dès l’arrivée, nous sommes accueillis par des dizaines de Costa Ricains qui se battent pour vendre leurs hostels. L’écotourisme n’est plus un secret pour ce pays qui mise depuis les années 1970 sur ce secteur. 30% du pays est protégé en parc naturel et la plupart des sites regorgent d’infrastructures modernes et d’agences facilitant des tours en tout genre.


Le jovial Pepe nous séduit avec un prix attractif et nous embarque dans son auberge familiale où laMama Claudia nous concocte des fortifiants petits déjeuners oeufs/beans/riz, mais attention il faut être à l’heure sinon on se fait remballer (no desayuno !). Quelques shots de tequila avec nos hôtes du soir nous mettent déjà dans l’ambiance chaleureuse des Ticos (comme on les appelle) à énergie débordante. Certains sondages classent même ce peuple comme le plus heureux du monde - stabilité politique, seul pays au monde sans armée, éducation et santé pour tous, développement économique….pura vida comme ils disent !

On se  laisse embarquer pour le « Canopy/Zipline tour ». Harnachés jusqu’au cou, nous glissons sur les dizaines de câbles tendus dans la forêt. La plus longue tyrolienne d’Amérique latine (1,6 km) nous fait voler à plus de 400M au dessus de la jungle. Même si nous avons tiré un peu sur la corde niveau budget (40$ le circuit), c’est une expérience à sensation forte. Surtout pour Justine qui s’est fait jeté malgré elle dans un Tarzan Jump (petite chute libre à la corde puis balancement) - j’ai pu pour la première fois constater sa tête en décomposition qui frôlait la mort (malheureusement j’avais appuyé sur le mauvais bouton sur la GOPRO, elle a pêté un câble…).

Cette première virée nous fait aussi réaliser que le Costa Rica n’est pas très adapté pour les backbackers au long cours - le budget quotidien y est élevé (tout est plus cher : l’entrée des parcs, le logement, les repas, peu de street food aussi) et la forte présence touristique américaine notamment renforce la côte du pays. On prévoit toutefois d’y revenir pour un court séjour et avec un plus gros budget car le pays regorge de joyaux naturels et il y aura certainement une crêperie de haut standing à San José qui vaudra le détour. C’est dans la capitale que nous serrons la pâte de nos amis restaurateurs Djé et Julie qui sont en repérage pour lancer les crêpes bretonnes chez les Ticos. Nous en profitons pour faire la fête et prendre des nouvelles du vieux continent. La capitale en tant que telle n’a pas beaucoup d’intérêt touristique mais que c’est bon de retrouver des copains !

Panama City, entre deux mondes

17 heures de bus séparent les deux capitales (San José et Panama City) et l’arrêt à la frontière est un vrai cirque de quelques heures. Un soldat panamien avec un chapeau ridicule nous amasse dans une salle, nous dicte les informations à remplir sur la fiche d’entrée sur le territoire et contrôle les sacs en plaisantant.

Panama City nous emballe vite par ses contrastes. Nous y découvrons le meilleur : ceviche de poisson frais du marché (même au homard!), rues pavées abritant de vieilles architectures coloniales et soldats élégants et souriants qui nous appellent mi amor lorsqu’on leur demande notre direction. Le pire aussi : dans les quartiers dangereux où nous nous aventurons timidement pour rejoindre un mirador, les rues polluées aux mauvaises odeurs et un pont bétonné qui surplombe une plage magnifique aux abords de la ville. La modernité des grattes ciels fréquente le vieux centre. Nous adorons photographier les vieilles façades démolies à côté de bâtisses complètement rénovées, les personnes âgées qui se camouflent sous leur chapeau panama et la fumée de leur pipe, les visages hispaniques et créoles ; on se croirait parfois dans un décor de cinéma.                                    

   

      


C’est également un vrai carrefour continental, un lieu de passage obligatoire entre L’Amérique centrale etdu Sud. Le canal de Panama est le trait d’union océanique de l’Atlantique et du Pacifique : un balai continu de gros tankers (15000 chaque année) serpente le canal devant nos yeux ébahis, une bonne écluse pour y faire un petit tour ! Les Etats-Unis avaient flairé la poule aux œufs d’or, ils en avaient géré la construction jusqu’à l’ouverture en 1914 (après l’échec des Français sous l’impulsion du maréchal Ferdinand de Lesseps en 1880) et aujourd’hui le dollars US est la monnaie nationale. L’influence culturelle espagnole domine cependant et le pays a une histoire partagée entre la Colombie et ses pays voisins d’Amérique centrale.

A Panama City, on croise aussi des voyageurs du monde entier qui effectuent la traversée dans un sens comme dans l’autre - on en profite pour prendre quelques tips et nous sommes fascinés par l’expérience de certains aventuriers dont un couple d’Allemands sexagénaire qui voyage depuis 7,5 ans en Jeep. C’est aussi notre point de départ pour les Caraïbes et rejoindre l’autre continent en bateau à voile.

        

 

Nous nous rendons au port de Portobelo via le système des chicken buses qui nous suit depuis le Nicaragua et dont nous sommes fans. Cette petite ville portuaire fortifiée aux 300 canons était à l’époque coloniale l’une des plus importantes d’Amérique. Elle n’a pas toujours su repousser les pirates (boucaniers) mais elle nous ouvre ses écoutilles pour monter à bord du Calypsa, un beau deux mâts de 18 mètres. L’équipage sera formé par Sébastien (un belge), Dona (une italienne) et un couple de néerlandais. Avant la grande traversée, quelques balles de foot échangées avec les gamins du quartiers et plusieurs tournées de cerveza fria avec les matelos permettent de faire connaissance. 

 

 

Les Iles San Blas : la Colombie en vogue

Les amarres à peine larguées, nous découvrons le capitaine Gian Franco di Segnore (s’il-vous-plait) quinous donnera le mal de mer pendant les six prochains jours. Bien qu’il soit bon loup de mer, nos relations seront très houleuses car ses humeurs et ses décisions changeront comme une girouette. La première nuit en mer remue nos cœurs mais nous sommes récompensés ensuite par la plus belle île naturellement conservée, Caye Holandesa. Nous nous empressons d’ouvrir à la machette de délicieuses noix de coco fraichement tombées sur son sable blanc étincelant. Quelques brasses de snorkeling dans la mer bleue turquoise et nous voilà nez à nez avec des tortues géantes, des barracudas ou des langoustines que nous rêvons de déposer sur les grilles de notre barbecue le soir-même, mais nous peinons à les dénicher de sous leurs rochers. Une île paradisiaque comme on en rêve dont les Kunas – habitants indigènes tout petits – nous ouvrent les portes le temps d’une nuit, d’un grand feu de bois au milieu des étoiles et des cocotiers. Leurs traits épais et leur voix graves nous font remonter le temps 2000 ans en arrière, comme si cet endroit n’avait jamais été découvert.

 

El Capitan déplie ensuite les voiles de son magnifique deux mâts et nous voguons en mer en touchant des yeux ce doux rêve des 365 îles des San blas qui défile devant nous. Une halte dans un poste frontière et un petit port reculé seront nos derniers arrêts sur la terre ferme avant l’envolée en pleine mer. Les îlots blancs de sable aux touffes de palmiers harmonieusement dressés s’éloignent progressivement pour laisser place à la monotonie de la houle, au rythme effréné des vagues sans horizon.  Seul notre hameçon vient troubler les cimes et nous remontons de très beaux thons qui, mariés à l’ail, l’huile d’olive et au citron, nous donnent des ailes de marins - derniers instants de bonheur. Sébastien et moi nous débattons pendant une heure (de quoi garder la ligne) avant de remonter juste une partie du corps, l’autre moitié ayant été dévorée par un requin dont la trace de mâchoire était impressionnante. Même si nous avions une dent contre lui, le partage de ce diner nous a suffit pour prendre des forces.

 

      

Cet interlude sera bref, la tempête approche. 48 heures de traversée en haute mer s’enchainent ensuite pendant lesquelles les vagues et le vent se déchainent contre la coque, et Justine reste immobile, suffocante, sans manger. Un instant de bravoure me pousse à lui apporter des cachets mais je vomis en chemin. C’est dur, très dur et nous ne prenions aucun pied marin. Seule Luna, notre Colombienne organisatrice, habituée du bateau, vient nous réconforter avec son sourire, son débit de parole sans fin et ses fruits frais que nous avalons avec grande difficulté. La dernière nuit sera la plus intense, Justine est éjectée de notre lit pendant que, un bras accroché à une poutre, j’essaye de la rattraper.  Le moteur tombe en panne et des changements de cap brutaux font tomber le système hifi et divers objets accrochés ici et là dans les cabines. Un cauchemar en mer qui nous semble interminable ! Jusqu’à ce qu’un calme presque irréel pousse nos corps inertes à bouger. Nos têtes livides et fatiguées sortent timidement sur le pont. Le soleil nous éblouit et les reflets d’une ville miraculeuse jaillit aux lueurs de l’aube : Cartagène, nous voici enfin en Colombie, sains et saufs.

     


Nicaragua la tranquila

Publié le 15/03/2015, par leschipsenvoyage, Nicaragua

La traversée

Nous quittons le berceau maya pour rejoindre le Nicaragua. Afin de rendre le trajet en bus de 25 heures plus agréable, nous faisons une halte au Salvador pour surfer tant bien que mal (surtout mal en fait) les premières vagues d’El Tunco et admirer de magnifiques couchés de soleil sur le Pacifique. Une fois n’est pas coutume, cette pause de deux jours se fera sans apéro puisque le pays impose une interdiction de consommer de l’alcool sur le territoire afin d’éviter tout débordement lors des élections législatives du week-end. Tout le monde ici est concerné et chacun semble vouloir profiter de la démocratie récemment instaurée dans un climat apaisé, notamment par un accord secret passé entre les chefs des gangs et le gouvernement.  A l’occasion des élections le dimanche, chacun brandit le drapeau de son parti sur les maisons ou en groupe à l’arrière les pickups.

Leon et la ceinture de feu

Après deux frontières traversées en une journée (Salvador-Honduras puis Honduras-Nicaragua), Léon nous apparaît comme le centre culturel du pays. Nouvelle ville coloniale bourrée de charme, elle est plus rustique que certaines de ses semblables (au Mexique ou au Guatemala). Au milieu des grillades fumantes, les vendeurs de street food nous racolent à coup de « mi amor » ou « mi princesa », et les rires qui s’en suivent ne nous laissent pas indifférents. Très vite, le Nicaragua nous frappe par son accueil simple et chaleureux. Les gens se laissent facilement photographier et ajoutent leurs larges sourires aux scènes de vie du quotidien ; qu’il est bon d’entrer dans cette intimité, d’accéder à cette pudeur presque naïve, pour le bonheur de nos clichés – dont il ne reste malheureusement pas grand chose, tous ont été supprimés suite à un bug de carte SD (un drame ! au début, puis relativisé). Les photos postées dans cet article sont celles de Val.

C’est aussi à Léon que l’on en apprend un peu plus sur l’histoire du pays ; les visages des héros et desmartyrs de la révolution sandiniste s’affichent fièrement car ils ont conduit à la chute de la dictature en 1979. Des collections d’art colonial et contemporain centro-américain sont exposées dans un magnifique musée (le plus beau de son genre) ; on zigzague entre les œuvres, les grandes galeries en plein air, immenses salles en bois et fontaines ombragées. Une coupure fraîche au milieu d’une journée suffocante au bout de laquelle nous retrouvons deux québécois remplis de bonne humeur, leur accent et leurs expressions nous réjouissant toujours autant.

Nos nombreuses heures de bus nous avaient déjà donné un bel aperçu de la forte activité volcanique de la zone. Sur cette ceinture de feu, nous choisissons de partir à l’ascension du volcan Telica avec l’association Quetzal Trecckers, dont les bénéfices sont reversés à des projets de développement locaux et pour les enfants. Nous dégustons des thermites sur un manguier pour nous donner le courage d’affronter la pente abrupte sous un soleil de plomb. Pour ajouter un peu de difficulté, Edouard et Valentin portent vaillamment un tronc d’arbre jusqu’au sommet, qui nous servira de banc le soir près du feu (avec des chamallows grillés). En fin de journée nous arrivons au bord du premier cratère où nous camperons le soir même, un décor lunaire recouvert d’herbe sèche et de quelques palmiers. Le cratère voisin, cheminée principale du volcan, domine une vaste plaine de laquelle on aperçoit d’autres monts puissants. Lorsque la nuit tombe, nous nous penchons en son cœur pour écouter la lave crépiter, les lueurs rouges s’animer dans une forte odeur de souffre. La nuit est venteuse, mais rêveuse.

                              

         

Poneloya et Las Penitas, côte Pacifique

Echappée belle de la ville pour se retrouver sur la côte pacifique à quelques dizaines de kilomètres. Longues plages de sable noir et gros spots de surf, c’est aussi l’endroit idéal pour « chiller ». Le Surfing Turtle lodge, ses tournois de volley-ball à l’ambiance spring break (parfois difficile à accepter dans un paradis si perdu) et ses cours de yoga dans une cabane sur pilotis face à la mer – il n’y a pas de meilleure manière de se réveiller.

La petite ville de Las Penitas nous charme par son authenticité et la beauté de la réserve naturelle Juan Venado voisine. A marée basse, les hommes pressent leurs calèches sur les bancs de sable pour les charger de poisson frais. Les pêcheurs à la ligne reviennent en fin de journée, le bateau plein et l’air satisfait pendant que leurs femmes, un enfant sous chaque bras, nous proposent le menu frais du jour. Nous observons ces scènes, à pied ou depuis notre touk-touk à pédalos dont le conducteur, même dans l’effort, continue à nous sourire de ses yeux vifs et sincères.

De Leon a Granada

Dans ce pays, qui est le plus sûr d’Amérique centrale, il est très facile de se déplacer en transport local (chicken buses ou colectivo) et les distances entre les villes sont raisonnables. Nous grimpons donc sans agenda dans ces bus tous personnalisés avec des dessins, banderoles, stickers et sloggans à la gloire de Jesus, de Dios – et portant souvent des noms de femmes. Sur la route de Granada, on s’arrête dans la ville de Massaya qui n’a pas grand intérêt autre que son marché rassemblant l’artisanat de tous le pays. Nous tombons tout de même amoureux des hamacs de toutes tailles, designs, conforts et couleurs. Dans les rues de cette ville industrielle, les portes ouvertes des maisons laissent entrevoir le spectacle des petites vieilles dans leur intérieur modeste, un œil sur leur feuilleton diffusé sur écran plat, l’autre sur les passants.

Notre route nous mène ensuite à la Laguna de Apoyo, un lac d’origine volcanique situé entre Massaya et Granada qui serait né de l’explosion d’un cratère il y a bien longtemps.

Granada a la particularité d’être la plus vieille ville d’Amérique centrale colonisée par les Espagnols à être encore debout. On y retrouve les caractéristiques architecturales d’une ville coloniale avec des églises du 16e siècle. Longtemps centre commercial pour le bois et le cacao notamment, elle est aujourd’hui une importante étape touristique pour quiconque visite le Nicaragua - on le ressent dans ses rues piétonnes aménagées et dans les prix qui grimpent plus qu’ailleurs. C’est à Granada qu’on s’essaye à l’un des plats traditionnels du pays fièrement recommandé par un Nica, le vigoron qui consiste en un mélange de yucca (sorte de manioc) bouilli et chicharonnes (ou chips épaisses de porc) servis dans une feuille de banane. Une expérience très peu concluante (bien que par ailleurs le yucca au barbecue soit un délice !).

En attendant le chicken bus vers Rivas, on se promène dans un marché qui se déverse dans un dédalle de ruelles qui ne finissent jamais. Les fruits et légumes de couleurs vives sont exposés dans de grands paniers en osier, à côté des stands de hot-dogs à 1$ (attendez de voir la tête de la saucisse) et sachets de chips de bananes plantain (yum).

La Isla de Ometepe

Imaginez une île, et depuis la rive deux volcans se dressant à chacune de ses extrémités. Des petites villes ou villages qui parsèment irrégulièrement les alentours sur quelques dizaines de kilomètres et les vaches, porcs, poulets et chiens qui déambulent dans les rues et les chemins de terre au milieu des habitants. Notre guide d’un jour le confirme : il faut compter au moins un porc par maison (des petits porcs domestiques, on craque). Quelques conversations avec les habitants nous confortent dans l’idée qu’ils ont tous une grande fierté de leur île. Ils veulent tout nous montrer, nous recommandent les endroits qu’il faut « absolument voir », nous racontent des anecdotes – toujours suivant leur mot d’ordre, tranquilo, pour ne jamais brusquer cet endroit paisible.

On apprend que l’île accueille chaque année un ultra marathon (100km comprenant l’ascension des volcans géants). Les irons mans peuvent aller se rhabiller ! Pour notre part on s’en tient à l’ascension du volcan de la Conception, le plus haut, qui est déjà pour nous un mini exploit sportif. Brouillard, boue, racines glissantes, pierres cassantes, et pas de récompense au sommet complètement masqué par les nuages et le vent, mais le challenge en vaut la peine. Les 8 heures de marche avec plus de 1600m de dénivelé découragent les genoux d’Edouard et on se promet de s’en tenir à une rando plus tranquila la prochaine fois. Exténués mais contents, on profite ensuite du « repos du guerrier ».

Le soir des 25 ans de Val, on se retrouve dans un grand terrain vague aménagé d’une estrade, d’enceintes et d’un bar (on retrouvera souvent ces scènes nocturnes improvisées sur le continent). C’est soir d’élection de « Miss Verano », grosse compet’ entre la fille de Santo Domingo et celle d’Altegracia, le suspens – sur fond de zouk « collé-serré » – est à son comble.

San Juan del Sur, à l'extrême Sud

Dernier arrêt au Nicaragua, San Juan et ses plages de surf. Des airs de côte d’azur dans la ville qui s’est largement aménagée grâce (ou à cause ?) du tourisme. Les plages alentours conservent toutefois leur beauté naturelle et on arrive enfin à monter correctement sur une planche. Edouard a des brulures partout sur le corps mais il a tout de même réussi à prendre ses premières vagues (de 10 cm) et il en ressort avec un sourire plus grand que la taille de sa board.

            

Expérience humaine avant tout, expéditions naturelles et climat serein : le Nicaragua est sans aucun doute l’une de nos plus belles surprises en Amérique centrale. Nous reviendrons dans ce pays qui semble encore se découvrir et se surprendre lui-même, à l’abri de l’envahissement touristique (ou en tout cas d’une « certaine » population touristique)…mais pour combien de temps encore ? Backpackers de tous horizons, profitez-en !

                                                      


Guatemala, ambiance mayafique

Publié le 1/03/2015, par leschipsenvoyage, Guatemala

All our pictures here // Toutes nos photos ici

 

Tikal, temple mère des mayas

Un mini bus nous attend à Belize City, Didier a déjà fait la connaissance de l’ensemble des passagers du bateau et tout le monde s’empresse de partager la joie des fiançailles.

Retour dans l’ambiance hispanique, nous troquons nos derniers dollars béliziens et américains contre les liasses de Quetzal. Première halte à Flores, une presqu’île au milieu d’un lac très étendu. Les guatémaltèques, de prime abord très souriants, sont nombreux à avoir un héritage maya et à parler encore la langue de leurs ancêtres, déclinée en 22 dialectes. En chemin vers les ruines de Tikal, un guide nous relate fièrement l’histoire de son pays et les traditions de la culture indigène que partage 70% de la population. Il nous explique pourquoi il y eut tant de sacrifices humains et que les prédictions de 2012 n’étaient en fait que celles d’un nouveau cycle de la vie, selon leurs croyances. Arrivés au site, nous sommes accueillis par les cris des singes hurleurs et restons bouche bée devant la grandeur de cette cité de pierre qui fut le berceau de la civilisation maya il y a quelques millénaires. Ce lieu culte inspire Etienne – encouragé par nous tous - à répéter les scènes de théâtre qu’il jouera devant le jury du conservatoire quelques jours plus tard. Sa voix portée par la pierre résonne au milieu des racines et de la mousse, dans une arène où s’orchestraient autrefois les cérémonies.

Toute la famille s’essaye à la streetfood et rien ne nous convainc à part les classiques tortillas-guacamolequi se marient si bien avec la bière locale. Un groupe de mariachi ambulant nous joue des chansons d’amour, leurs voix suaves et mélodieuses résonnent à nos oreilles. Un conducteur de lancha - petit bateau typique - fait zigzaguer sa barque à travers les rues inondées du lac (crues saisonnières) et aux abords des villages, offrant une vue spectaculaire sur la colline de Florès. Sous un ciel orageux mais dont la lumière de la fin de journée transperce les nuages, un arbre aux oiseaux (les blancs d’un côté, les noirs de l’autre) éveille notre curiosité et des iguanes nocturnes jouent à cache-cache entre les branches. Seul le bruit ronronnant du moteur venant troubler l’instant.

Antigua, architecture coloniale baroque

Passage obligé dans la capitale Guatemala City sur la route d’Antigua. Depuis le périphérique, la pollution et le bruit dominent. Seuls les klaxons et les looks déjantés des chicken buses égayent le paysage. Difficile de se faire une idée de cette ville dont la réputation peu glorieuse - braquages quotidiens, homicides impunis et guerres de gangs - est déjà bien ancrée. ême si le président Molina et sa junte militaire n’y seraient pas pour rien dans les problèmes de drogues et les conflits politiques déchirant le pays…

A seulement une heure de route, on plonge dans un autre monde. A Antigua, découverte d’une ville coloniale encerclée par trois volcans, dont le Fuego qui il y a encore quelques semaines recouvrait les rues de ses cendres. Comme ailleurs au Mexique, à Oaxaca ou San Cristobal de las Casas par exemple, on retrouve la splendeur hispanique dans les couleurs de la ville et l’architecture des églises. De nombreux étrangers venus des cinq continents viennent passer plusieurs semaines ici pour apprendre l’espagnol ou se ressourcer au milieu des vieilles bâtissent et de l’odeur de jasmin. Derrière chaque porte poussée se cache un jardin, une fontaine ou un riad, dégageant une atmosphère apaisante et presque orientale. Détruite par deux tremblements de terre aux 18e siècle, Antigua a été en grande partie reconstruite et manque parfois du charme de ses imperfections – c’est ce que l’on pourrait lui reprocher.

 

Dimanche de procession en l’honneur de la Sainte Catherine, on assiste par hasard à une cérémonie religieuse de grande ampleur. De jeunes garçons et hommes tous vêtus d’une tunique violette portent des scènes de l’évangile à travers les rues pavées de la ville, tapissées de fleurs pour l’occasion. La ferveur de la foule et le rythme solennel des timbales de la fanfare stimulent le balancement coordonné de leurs bras et de leurs hanches. Encore une fois, nous sommes surpris de constater la tranquillité citadine. Loin des problèmes de la capitale, on trouve ici une classe aisée et éduquée, « ladinos » (métisses) pour la plupart, profitant largement du tourisme. Samedi soir, on est de sortie et comme au spectacle dans les bars de nuit locaux. Ca zouk, ça chante les paroles à tue-tête, ça enchaîne les shots de Tekila – comme quoi certaines choses sont universelles. Les rangées de militaires et policiers postés à la sortie des clubs nous rappellent que la prudence est toujours de mise.

  

Lago de Atitlan, volcan et apaisement

Dernière étape guatemaltèque, nous faisons irruption dans le lac d’Atitlan. Les quelques virages serrés tordent nos estomacs mais l’arrivée spectaculaire dans cet ancien cratère vieux de 35000 ans et désormais rempli d’eau nous fait tout oublier. Premier arrêt dans l’un des nombreux villages qui bordent le lac, San Juan. C’est l’un des plus authentiques d’où l’on peut observer le quotidien des indigènes portant fièrement leurs habits traditionnels. Le contraste est vif avec San Pedro, le village voisin dont les occidentaux et notamment une communauté israélites ont reconvertis une partie des lieux en party hostels, ambiance « spring break » (le beer pong est d’ailleurs l’une des activités favorite de l’après-midi). Pas vraiment notre truc, même si c’est marrant d’y passer.

Les locaux sont toujours les premiers habitants de la ville et un soir, à quelques dizaines de mètres des bars, nous tombons sur un rassemblement funéraire en pleine rue, devant la maison de la défunte selon les traditions. Nous nous approchons à pas timides et sommes généreusement invités à partager le pain et la conversation des voisins. Une discussion avec un homme d’environ 40 ans nous conforte dans l’idée qu’il n’y a pas – ou peu – de ressentiment de la part des indigènes à voir leur territoire envahi par les étrangers. Ils voient le bénéfice du tourisme à leurs business, à leurs enfants auxquels certaines associations viennent en aide. S’il n’y a pas de tableau tout noir ou tout blanc, il est toujours intéressant de comprendre leur point de vue.

Un matin à 5 heures, nous grimpons dans un touk-touk qui nous amène au pied du volcan San Pedro, dominant le lac du haut de ses 3000 mètres.  Quatre heures de marche raide, en escaliers, plus tard, nous arrivons au sommet et profitons d’une fenêtre de vue frayée dans les nuages épais. Maigre mais belle récompense !

Notre camp à Atitlan s’établit ensuite à San Marcos de la Laguna, le village hippie du lac. Les gringos viennent de loin y suivre des stages d’élévation spirituelle, de yoga ou de massage. Ici, tout est fait pour la détente et nous nous mettons vite dans l’ambiance. Une fois de plus, la particularité du lieu ne semble pas troubler le quotidien des villageois accueillants, qui semblent mener une vie simple mais paisible. Gringos et locaux se rassemblent le soir sur la place de l’église pour applaudir les tournois sportifs qui s’organisent dans la salle en plein air, sous les odeurs de poulet frit. Dès leur plus jeune âge, les enfants sont aussi guides touristiques – connaissant le village comme leur poche, ils se faufilent pour nous montrer les bons coins et les bons plans. En échange d’un billet, d’un coca ou d’un stylo. San Marcos et les jardins en pente de l’hôtel Jinava, son hamac perché et son ponton privé, resteront longtemps dans nos souvenirs.


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